Un Musée d’Art Singulier à Draguignan … Le volcan Danielle Jacqui explose à la Chapelle Saint-Sauveur !

Le 6 juillet 2019


Reportage Jean Claude Honnorat

ORGANuGAMMusEum
Incroyable expo permanente de Danielle Jacqui à la Chapelle Saint-Sauveur. Contrastes en Liberté, Art singulier, Art brut
Du mardi au samedi sur rdv au 04 94 84 54 31.

Née en 1934 à Nice, Danielle Jacqui est fille d’un joailler et d’une militante féministe. À la séparation de ses parents, elle est mise en pension et fréquentera divers établissements scolaires. C’est en 1945, lorsqu’elle sera confiée à un couple d’instituteurs, qu’elle commence à dessiner. A la fin de la seconde, elle est forcée d’arrêter ses études et se marie à l’âge de dix-huit ans à un maçon avec lequel elle aura quatre enfants.
En 1961, la famille s’installe à Pont-de-l’Etoile, près de Roquevaire. Danielle Jacqui dessine pendant tout son temps libre. En 1970, elle divorce et devient brocanteuse. Sa première toile date de 1971 et elle expose chaque année ses peintures sur son stand de brocante.
Après une visite au musée Robert Tatin, en 1981, elle commence à entreprendre la décoration de sa propre maison, la couvrant du sol au plafond, à l’intérieur comme à l’extérieur, de bas-reliefs, de peintures, de mosaïques et d’inscriptions. Elle intègre à ses productions nombre d’objets de récupération et mêle, dans une totale liberté d’expression, le dessin, l’écriture, la broderie, la céramique, l’ornementation du mobilier, etc.

Danielle Jacqui quitte Aubagne. Une partie de son oeuvre ira en Suisse, l'autre formera à Draguignan son musée permanent.


Crise à Aubagne :  Le Colossal d'art brut de l'artiste roquevairoise ne verra pas le jour à Aubagne. Il rejoint le futur lieu culturel de La Ferme des Tilleuls à Renens (Suisse), en relation avec la prestigieuse Collection d'art brut de Lausanne. On s'en félicite à droite.

Bien sûr, cette décision n'aura pas pour l'économie aubagnaise, pour les finances et pour l'emploi local, les conséquences du sabotage du projet des Gargues. Bien sûr, à court terme tout au moins, elle ne pénalisera pas l'animation du centre-ville, comme la scandaleuse mutilation du tramway. Mais, avec l'exil pour la Suisse du Colossal d'art brut de Danielle JacquiAubagne sacrifie peut-être, sur l'autel du « bon goût de Provence », ce qui aurait pu constituer, dans les années prochaines, l'un des atouts majeurs de son patrimoine céramique et de son tourisme culturel.

Sylvia Barthélémy peut bien tenter aujourd'hui de présenter son lâchage sous des dehors souriants - « une nouvelle vie commence pour cette œuvre d'art si singulière » - personne n'a oublié la cabale qu'elle et ses amis ont orchestré, non sans écho hélas au sein de la municipalité de gauche, contre le projet artistique de Danielle Jacqui. Cabale qui a culminé contre l'idée – pas sotte du tout – d'habiller la gare d'Aubagne des quelques 500 m2 de céramiques colorées, imaginées et réalisées durant près d'une décennie, par « la Dame qui peint ». Un projet fou, digne de Dali et de sa gare de Perpignan qui, cabale aidant, a été refusé par les Bâtiments de France !

C'était ça aussi l'imagination à Aubagne, il n'y a pas si longtemps. Dommage que la crainte d'être trop à contre-courant l'ait alors emporté sur l'audace politique qui a conduit la Ville et L'Agglo, en 2013, à illustrer au Pavillon M leur participation à Marseille capitale européenne de la culture par une superbe présentation du Colossal.

D'autres lieux ont ensuite été envisagés par L'Agglo, alors présidée par Magali Giovannangeli, et par la municipalité Fontaine, pour finaliser un partenariat qui, fait exceptionnel pour une résidence d'artiste, aura duré huit ans. Dernier en date, le vaste écran minéral de La colline aux oiseaux, où subsisteront seulement les quelques pièces mises en place, voici trois ans, messagers incongrus d'un événement qui ne viendra pas.

Comme le rappelle Florent de Corbier dans « La Marseillaise » du jeudi 3 mars, « depuis la fin de sa convention avec L'Agglo d'Aubagne, fin 2014, Danielle Jacqui était dans l'expectative la plus totale, victime collatérale du changement de majorité politique de mars 2014. »

 Pour Philippe Amy,  Jacqui et Métais c'est tout pareil !

Il faut tout le culot, ou plutôt l'inconscience, de Philippe Amy, le préposé à la culture de Gérard Gazay, pour présenter l'abandon de cette création originale, réalisée par une artiste de dimension internationale, sur le territoire d'Aubagne, comme un succès de notoriété pour le patrimoine aubagnais ! Selon l'édile, ce départ en Suisse permettra de « faire rayonner le savoir-faire de notre territoire ». Et, soulevé d'enthousiasme à cette perspective, Philippe Amy tient à saluer « Danielle Jacqui, une artiste connue et reconnuequi a déjà une belle représentation ici avec la Porte du Millénaire ...» Connue et reconnue sauf par lui-même, car la Porte du Millénaire n'est pas du tout une œuvre de Danielle Jacqui, mais une sculpture de Jean-Bernard Métais, création originale elle aussi largement dénigrée hier par la droite. C'est peut-être pour ça que notre nouveau converti les a confondues.

Cela n'enlèvera rien au prestige de Danielle Jacqui, « que d'aucuns n'hésitent pas à comparer au Facteur Cheval » rappelle la presse suisse, ni à la notoriété de son Colossal dont diverses pièces seront également exposées au musée international des arts modestes de Sète, au musée des arts naïfs de Nice, à Draguignan, Montpellier...
« Je m'en tire bien, être fêtée comme ça à l'extérieur, c'est agréable » a-t-elle confiée à La Marseillaise.
Non, la seule perdante, c'est Aubagne qui avait déjà perdu le Festival International d'Art Singulier, pour cause de censure puritaine, l'un des tout premiers actes de la municipalité Gazay dans le domaine de la culture.

Souhaitons que notre ville n'ait pas à regretter ce départ pour la Suisse qui n'est pas sans évoquer celui du fondateur de l'art brut, le peintre Jean Dubuffet, contraint lui-aussi, dans les années 50, à s'exiler à Lausanne, parce que Paris ne voulait pas de son travail.

Prévenez Philippe Amy : Jean Dubuffet n'était ni un ébéniste reconnu, ni un charcutier-traiteur...

Georges Rey Catégorie Catégorie : Culture.

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